Home » Analyses et productions » Grève des chauffeurs Uber : un rapide résumé

Grève des chauffeurs Uber : un rapide résumé

Début janvier, les chauffeurs de VTC/LOTI ont repris le mouvement de grève qui avait déjà donné lieu à une dizaine de jours de manifestation avant Noël à Paris. Alors que le public s’était plutôt habitué à ce genre de démonstrations de la part des taxis, L’Observatoire vous propose un rapide résumé de la situation.

  •  Etape 1 : la montée des tensions

Les racines du conflit entre Uber et ses chauffeurs ne sont pas nouvelles et ces derniers avaient déjà à plusieurs reprises exprimé leur mécontentement contre, notamment, les prix décidés par l’application. Depuis début novembre, le syndicat Capa-VTC avait d’ailleurs prévu d’organiser le 15 décembre une journée de manifestation des chauffeurs contre « la spoliation des applis » et pour pouvoir « décider [eux-mêmes] des tarifs et des conditions de travail ».

Mais lorsque, le 1er décembre, Uber annonce à ses chauffeurs le passage de 20% à 25% du prix de la course de la commission prélevée par la plateforme (ainsi qu’une hausse de 15% de certains tarifs mais qui, d’après les chauffeurs, ne compense pas la perte créée par la baisse de la commission), d’autres syndicats (Actif VTC et Capa-VTC) décident de se joindre à la manifestation du 15 décembre – la CFDT ayant appelé à une simple « déconnexion massive » de l’application Uber.

 greve

 Chauffeurs Uber manifestant Porte Maillot (Photo Le Figaro)

Outre le taux de la commission, les chauffeurs pointent également dans leurs cahiers de doléances :

- La faiblesse de leurs revenus, qu’ils estiment à « 3,75 euros de l’heure ». Une étude financée par Uber évoque « 19,90 euros » bruts de l’heure, mais il faut ensuite retirer à cette somme les charges d’exploitation (essence, voiture, etc) et les prélèvements sociaux et fiscaux, ce qui, selon d’autres études, permet peu ou prou de retomber sur le chiffre évoqué par les chauffeurs : voir par exemple celle d’Alternatives économiques, celle du journaliste de Focus sur C8 (à 1h 08min 24sec) ou celle de Tout compte fait sur France 2 (à partir de 25 minutes).

- Les prix des courses fixés par Uber « sans concertation » (alors que les chauffeurs sont théoriquement des travailleurs indépendants) ;

- « La déconnexion abusive des chauffeurs » qui refusent des courses ou reçoivent une mauvaise note (les chauffeurs n’étant pas salariés mais travailleurs indépendants, Uber n’est pas soumis aux lois encadrant le licenciement et peut décider d’exclure sans préavis un chauffeur de sa plateforme).

  • Etape 2 : comment mettre tout le monde autour de la table ?

Dans un premier temps, Uber refuse de négocier avec les syndicats de chauffeurs, à l’exception de la CFDT : pour la plateforme, « les conditions d’une discussion ne sont en aucun cas réunies » en raison de la « faible représentativité » des organisations grévistes [UNSA VTC, Actif VTC et Capa-VTC] et des violences qui ont émaillé le mouvement. C’est donc le Secrétaire d’Etat aux Transports Alain Vidalies qui reçoit les grévistes et demande à Uber d’ « engager des discussions avec l’ensemble des organisations syndicales, conformément à la pratique des autres plateformes françaises et au bon fonctionnement des relations sociales ».

Uber semble accepter cette demande et les chauffeurs annoncent une suspension temporaire du mouvement. Mais les manifestations reprennent à peine 24 heures plus tard, le 17 décembre, lorsque les chauffeurs apprennent qu’Uber propose d’organiser « une table-ronde sectorielle avec l’ensemble des acteurs » plutôt que de recevoir les seuls syndicats organisateurs de la manifestation. Le 18 décembre, Uber indique avoir porté plainte contre trois syndicats pour diffamation et menaces.

Alain Vidalies réussit finalement à mettre Uber et ses chauffeurs autour de la même table la semaine du 19 décembre et à faire accepter aux participants la nomination d’un médiateur : Jacques Rapoport, ancien Président de SNCF Réseau, est chargé de « conclure des négociations » avant le 31 janvier 2017.

  •  Etape 3 : la négociation

Afin de lancer les négociations, le Gouvernement demande à Uber de geler l’augmentation de la commission, ce qu’Uber refuse après avoir consulté son siège aux Etats-Unis. Il faut dire que la presse a annoncé le même jour que l’entreprise avait perdu près de 3 milliards de dollars en 2016… Uber propose en revanche la création d’un « fonds de soutien pour les chauffeurs de 2 millions d’euros », dont les modalités seraient « déterminées dans les semaines à venir ».

Peu convaincus les chauffeurs continuent à manifester près des aéroports d’Orly et de Roissy jusqu’au 23 décembre, avant d’annoncer une « trêve » le temps des fêtes de fin d’année.

C’est dans ces conditions que débute, le 21 décembre, la médiation de Jacques Rapoport. Parmi les sujets sur lesquels il devra plancher et les pistes envisagées :

- « La tarification et les liens commerciaux », principal objet du conflit.

- « Les enjeux de la déconnexion des conducteurs par les plateformes » : parmi les solutions envisagées, la presse évoque la création d’une commission chargée de donner un avis en cas de déconnexion d’un chauffeur – comme le pratiquent déjà certaines plateformes de taxis.

- « La responsabilité sociale des plateformes dans les domaines de la protection sociale, de la formation professionnelle et des droits collectifs des travailleurs » : la loi Travail oblige, en effet, les plateformes à financer de nouveaux droits pour leurs travailleurs, tels qu’une assurance en cas d’accident du travail ou de la formation professionnelle.

- « Les charges des indépendants ». Peu d’informations sont données sur ce sujet mais on peut noter qu’Uber semble vouloir profiter de ces négociations pour faire ré-émerger ses revendications sur la déréglementation du métier de VTC (réduction des exigences légales sur la taille et la puissance des véhicules utilisés par les chauffeurs de VTC ou du niveau de l’examen pour devenir chauffeur).

Cette négociation ne risque-t-elle pas, néanmoins, d’être rapidement caduque ? Elle intervient en effet à un moment où le statut de « travailleur indépendant » des chauffeurs Uber est de plus en plus remis en question, que ce soit par Alain Vidalies (en novembre au Sénat, il parlait de chauffeurs « prétendument indépendants »), par le médiateur du conflit taxi / VTC Laurent Grandguillaume (« Si Uber veut décider de tout pour eux, ça s’appelle un lien de subordination, non ? ») ou, surtout, par l’URSAFF qui a lancé en janvier dernier une procédure judiciaire pour faire requalifier les contrats des chauffeurs Uber en contrats de travail.

 

FacebookTwitterGoogle+TumblrPartager

Un commentaire

  1. Certains amis terminent une journ e 4 euros de l’heure”, explique Fred, chauffeur de taxi, solidaire. Apr s une r union au minist re des Transports vendredi, ils ont d cid de lever les blocages pendant 24 heures pour permettre Uber de les recevoir d’ici samedi midi.

Répondre à Dedicated server Annuler la réponse.

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>