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Points de vue d’experts sur l’auto-entreprenariat

Qui sont les chauffeurs de VTC ? Quel est leur régime ? Combien gagnent-ils ? C’est pour répondre à ce type de questions qu’en mars dernier l’Observatoire avait mené une enquête auprès de 450 d’entre eux (voir « Qui sont les chauffeurs de VTC ? »). Or, certains résultats ont soulevé quelques interrogations, et notamment ceux relatifs :

  • Aux pourcentages d’auto-entrepreneurs et à leur origine : d’après l’enquête, près de 80 % des chauffeurs affiliés à des éditeurs d’applications de type Uber ou Chauffeur privé auraient  le régime d’auto-entrepreneur  – contre 57% pour l’ensemble des chauffeurs. Seuls 26% d’entre eux se seraient par ailleurs reconvertis suite à une période d’inactivité. Or, ces données sont a priori peu en ligne  avec les déclarations de certains éditeurs d’applications, relatives au nombre d’emplois créés par leur activité.
  • A l’ancienneté dans le métier : les chauffeurs de VTC sous statut d’auto-entrepreneurs exerceraient leur métier depuis 3 ans et 2 mois en moyenne. Or, ceci semble contradictoire avec l’idée de « statut tremplin » qui justifiait au départ la création de l’auto-entreprenariat.
  • Au chiffre d’affaire déclaré : les chauffeurs de VTC auraient déclaré 38 500 Euros de chiffre d’affaires en 2013. Or, le chiffre d’affaires maximal autorisé est de 32 900 Euros par an, sauf dérogations exceptionnelles.

Afin de s’assurer de la pertinence des résultats obtenus, l’Observatoire les a donc soumis à deux experts : Christophe Evraere, responsable du pôle d’enseignement et de recherche en ressources humaines et organisation à l’IAE de Lyon, et Nadine Levratto, chargée de recherche au CNRS, affectée au laboratoire EconomiX), chercheur associée au Centre d’études de l’emploi et professeur affilié à Kedge Business School. Voici leurs commentaires.

Sur le pourcentage élevé d’auto-entrepreneurs parmi les chauffeurs de VTC :

Les deux experts ne sont pas surpris. Pour Christophe Evraere, « le régime d’auto-entreprenariat est utilisé dans le secteur des VTC avec une logique d’optimisation de l’effet d’aubaine, à la fois par les compagnies, du fait des charges minimales, et par les chauffeurs, qui minimisent les contraintes administratives ». Nadine Levratto remarque pour sa part que « la nature économique a horreur du vide ». Du coup, « il n’est pas étonnant que certains chauffeurs profitent de ce régime pour gagner un peu d’argent. Ils n’ont pas besoin de grand-chose pour se lancer, le web rend visible leur activité – qui autrement se cantonnerait à des situations de proximité »

Tous d’eux s’accordent par ailleurs sur le fait que le développement de l’auto-entreprenariat ne peut être assimilé à des créations d’emplois stricto sensu. « Ce ne sont pas des emplois qui permettent de vivre, constate en effet Nadine Levratto. L’infime partie de ceux qui affichent des revenus supérieurs au chiffre d’affaires autorisé ont par ailleurs développé leur activité d’auto-entrepreneur en cumul de leurs autres activités». Pour Pascal Evraere, « si l’auto-entreprenariat est une activité officiellement déclarée – une prestation facturée contre service rendu -, ce n’est pas de la création d’emplois en tant que telle. Sauf à considérer qu’en devenant auto-entrepreneur on créé son propre emploi, mais dans un contexte de protection sociale (assurance chômage en particulier) moins protecteur que le statut salarié ».

Sur l’ancienneté dans le métier.

Les deux experts notent avec justesse qu’il n’y a pas de limitation officielle en termes de durée, même si l’auto-entreprenariat a été conçu pour être un régime provisoire, permettant de tester un projet entrepreneurial. Le souci est que « le pourcentage de ceux qui réussissent à sortir du statut parce que leurs affaires fleurissent est faible » regrette Nadine Levratto. Du coup, « même si le statut d’auto-entrepreneur a rencontré un grand succès l’année qui a suivi sa création, on constate aujourd’hui que l’une des conséquences de son développement est une apparente consécration du travailleur pauvre ».

Sur le montant du chiffre d’affaires déclaré :

Les chiffres de l’enquête ne surprennent pas les deux experts, qui remarquent que la loi autorise des dépassements sous certaines conditions (ndlr – le seuil de tolérance est de 34 900 Euros). Les chauffeurs ont par ailleurs intérêt à « saturer les plafonds d’activité possible pour dégager un certain revenu sans devoir s’acquitter des charges inhérentes au régime des taxis classiques» note Christophe Evraere. Néanmoins, « les centres de paiement de RSI sont de moins en moins tolérants vis-à-vis de ces dépassements, et de nombreux auto-entrepreneurs risquent d’être basculés vers les micro-entreprises pour éviter les distorsions de concurrence » prévient Nadine Levratto

Vous pouvez retrouver les deux interviews en intégralité ici et

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Un commentaire

  1. pioc dit :

    Désolé je suis fâchée avec l’orthographe.
    Très intéressée par votre point de vues qui me semble des plus opportun à soulever dans le contexte actuel. En espérant qu’il y aura un écho et que nos politiques cesse de ce voiler la face. A moins qu’il y ai conflits d’intérêt mais qui peu l’admettre ? certainement pas les médias qui entretiennent un rapport de colère qui arrange à beaucoup de monde…
    Il peut y avoir aussi d’autre pistes de réflexion…Avec mes remerciements pour votre lecture.

    Isabelle Pioc
    Paris 75018 Paris
    http://www.isabelle-chauffeurs-prives.com
    Paris, le 17 avril 2014
    Piste de réflexions…
    A l’attention de Monsieur Thomas Thévenoud
    Monsieur,
    Je suis chauffeur privé VTC à mon compte (statut artisan inscrite à la chambre des métiers) et confronter, non pas à la colère des Taxi, totalement légitime, mais à l’aberration d’un système que le gouvernement soutien. Nous attendons votre rapport avec impatience, mais il ne semble pas que vous ayez consulté les indépendants, qui travail à 90 % pour les applicateurs !!
    Bloquer les inscriptions de VTC n’est qu’un paravent pour éviter de prendre des responsabilités…
    La course aux parts de marchés est si ENORME, elle regroupe des acteurs financiers de tout ordre, nous assistons à une véritable cavalcade : de Startups frais moulues et sans expérience de ce monde du travail, d’implantations d’entreprises étrangères qui n’ont aucune connaissance de notre culture, voir encore qui ont les armes pour détourner nos lois.
    Notre gouvernement semble aveugle devant ces faits ! Refuse de voir cela de très prés.
    Le regard porté sur une SAS, SA aux gros capital, côté en bourse, prônant le développement économique, reste plus séduisant, face à l’individu.
    En 2013, 6200 exploitants de voiture de tourisme avec chauffeur en France. Selon la FFEVTC (Fédération Française des Exploitants de Voiture de Tourisme) il y avait 4000 inscrits à Atout-France à fin 2012, soit une augmentation supérieure à 50% en 1 an.
    Cette activité ne permet pas de créer des emplois salariés, mais de prendre des autos entrepreneurs, des artisans, des petits chefs d’entreprises… En simple, des petites gens pour qui le travail est vital à n’importe quel prix. le résultat est de mettre sur la route toujours des petites gens qui doivent travailler beaucoup d’heures (en moyenne 100 heures par semaine) pour espérer récolter un revenu très modeste et à quel prix ?

    Nous sommes dans une crise économique et pour la plupart d’entre nous ce métier permet une perspective réelle de travail à condition : d’investir, de prendre des risques, de s’engager financièrement. Cette population (environ 6500 personnes aujourd’hui) est prise au piège face à un marché non structuré. Tous les acteurs sont conscients de l’importance de ce service en France, devenu incontournable, mais nous prenons le chemin “des Temps Modernes”. Ou sont les 35 heures, la protection sociale, les caisses de retraites, l’assurance chômage, la sécurité, etc… Il n’y a rien de tous cela !

    Ce qui arrange beaucoup nos politiques (moins de chômeurs) et renforce la situation très inconfortable face aux taxis. Le débat est fossé n’entraine que la colère, le problème n’est vraiment pas là ! Nous sommes sur un autre service…
    Le gouvernement suit, entretien, écoute, subit et laisse mettre en place une réglementation qui permet d’offrir un service moins cher qu’une course en taxi et ceci est inacceptable.
    L’utilisateur est évidement très heureux d’acheter une course à 5 €, 30 € (pour un centre Paris Aéroport), etc…L’utilisateur ce moque totalement que l’applicateur, prenne jusqu’à 45 % de commission, sans ce soucier une minute des conditions de travail du chauffeur, qui doit être impeccable, courtois, ponctuel, bref irréprochable ! Mais tous cela n’a pas de prix !
    L’information sur ce métier est brouillonne, désorganiser, sans réglementations, tout est permis, il apparait comme un rêve et apporte l’illusion de gagner sa vie correctement. Les chiffres brassés, ne laisse pas percevoir la rapide désillusion, car 20 chauffeurs qui quittent le métier après quelques mois d’exercices, sont immédiatement remplacés par 30 qui arrivent avec leur illusions et acceptent de travailler aux conditions des applicateurs et ainsi de suite.
    Le résultat est que depuis 2 ans nous assistons à une baisse continuelle du prix des courses.
    Mais qui peu expliquer que des courses à 5 € vendue par un applicateur, peuvent assurer aux chauffeurs un CA à la fin du mois lui permettant de couvrir ses charges ! (voiture plutôt haut de gamme, assurance, charges sociale et beaucoup d’et cetera).
    Pas voir, Pas entendu, pas de parole…
    A qui faut-il poser ces questions ?
    Le gouvernement face à cela n’écoute que les applicateurs !!
    Et vous ?
    Recevez, Monsieur Thévenoud, mes sincères salutations
    Isabelle Pioc

    Copie de ce courrier :
    Challenge
    Le Figaro
    Le Monde
    Le Parisien

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