Home » Analyses et productions » Un sondage surprenant : bilan de présentation 6T sur Uber

Un sondage surprenant

Qui sont les passagers d’Uber? Comment utilisent-ils ce mode de transport? Et ceux des taxis? En septembre, le cabinet d’études 6t a publié un sondage effectué auprès de 6 476 passagers Uber et 1001 passagers des taxis. Un sondage financé par Uber.

Faire financer une étude est une pratique courante pour une entreprise et Uber est loin d’être le seul à le faire: dans le même secteur, la compagnie de taxi parisienne “Les Taxis Bleus” a également financé plusieurs études sur le sujet (par exemple ici ou ici). L’intérêt? Faire porter ses positions par un institut indépendant (les fameux IFOP, IPSOS, CSA, OpinionWay…).

Mais si ces instituts ne peuvent évidemment pas aller contre le client qui les rémunère, ils ne peuvent pas non plus inventer de chiffres de toutes pièces. Ainsi, même financées par une entreprise partie prenante, ces études gardent leur intérêt, à condition toutefois de savoir lire entre les lignes. L’étude du cabinet 6t pour Uber a néanmoins surpris L’Observatoire par plusieurs aspects.

  • Une introduction subjective

L’introduction d’abord: habituellement, l’Institut qui a réalisé l’étude ne commente pas les résultats, ou alors sans s’éloigner des chiffres -comme par exemple dans cette autre étude de l’Institut CSA pour Uber.

Au contraire, l’étude de 6t débute par un chapitre introductif reprenant les arguments d’Uber: les “pressions” des “lobbys des taxis” sur les pouvoirs publics ou la définition exacte du monopole des taxis (selon Uber, il réside uniquement dans le fait de pouvoir être hélé dans la rue tandis que selon les taxis il réside dans le fait de pouvoir prendre des courses non réservées “à l’avance”).

  • Un échantillon composé uniquement d’urbains français et suisses

Le choix de l’échantillon nous a également intrigués: il se compose uniquement d’utilisateurs de l’appli Uber, habitant donc nécessairement dans des grandes villes (celles concernées par l’étude sont Paris, Lyon, Lille, Nice, Bordeaux, Toulouse, Genève et Lausanne). Ce qui n’empêche pas le cabinet 6t de comparer les résultats de cet échantillon avec un échantillon d’utilisateurs de taxis, par définition n’habitant pas que dans des grandes villes [le cabinet 6t a indiqué qu’il publierait les résultats détaillés de l’étude sur les passagers des taxis le 15 octobre, ce n’est pas encore le cas à l’heure où nous rédigeons ces lignes].

Pourquoi également avoir choisi de mélanger des utilisateurs de villes françaises et suisses? Et pourquoi les Suisses et pas les Belges ou les Espagnols? Les utilisateurs français sont parfois séparés des suisses dans les résultats détaillés de l’étude mais ça n’est pas toujours le cas…

  • On ne peut pas conclure qu’Uber a supprimé 22 000 voitures en Île-de-France

Enfin, les extrapolations issues des résultats sont parfois plus que surprenantes. Le cabinet 6t avance ainsi qu’Uber a permis de supprimer 22 000 voitures personnelles en Île-de-France. Ce chiffre a intrigué les auditeurs de la présentation de l’étude fin septembre (à laquelle L’Observatoire a également assisté). La méthode de 6t étant transparente et détaillée, L’Observatoire a pu l’analyser de plus près et conclure… qu’on ne pouvait pas conclure qu’Uber avait supprimé 22 000 véhicules en Île-de-France!

  • 6t a demandé aux passagers Uber combien de véhicules ils possédaient dans leur foyer avant et après s’être mis à utiliser Uber: cette valeur moyenne est passée de 0,74 à 0,70. En extrapolant cette baisse aux 621 000 utilisateurs franciliens d’Uber, le cabinet 6t calcule qu’Uber a “permis” de supprimer 22 000 véhicules en Île-de-France (29 000 – 7 000 véhicules des chauffeurs Uber).
  • Si on observe effectivement une corrélation entre le fait de s’inscrire chez Uber comme passager et la diminution du nombre de véhicules personnels possédés, “corrélation n’est pas causalité” (une affirmation bien connue des étudiants en Economie et dont vous pourrez vous convaincre facilement grâce à ce site amusant).
  • Concrètement, rien ne prouve que la diminution du nombre de voitures chez les passagers Uber soit due à l’arrivée du service Uber. D’autres facteurs comme l’accroissement de l’offre de transport en commun, l’apparition du covoiturage et de l’autopartage, les difficultés de stationnement… pourraient également être à l’origine de cette baisse.

On aurait également pu attendre un traitement plus complet de l’impact environnemental du remplacement des transports en commun et de 22 000 véhicules personnels très peu utilisés (et qui occupent effectivement de nombreuses places de stationnement) par 7 000 véhicules professionnels utilisés toute la journée.

Il n’en reste pas moins que cette étude, comme tout sondage, produit des résultats qui permettent d’imaginer au moins une partie de la réalité: les passagers d’Uber semblent majoritairement être des urbains CSP+, ceux d’UberPop semblent plus jeunes que ceux d’UberX, ils utilisent principalement Uber pour des motifs personnels et si Uber n’avait pas été disponible, ils se seraient majoritairement tournés vers le taxi ou les transports en commun etc.

Publié le 22 octobre 2015

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